Poussière

-Création 2022-

Théâtre de matière

et

marionnette

« Observe toutes les fois qu’un rayon de soleil se glisse et répand son faisceau de lumière dans l’obscurité, tu verras une multitude de menus corps se mêler de mille manières parmi le vide dans le faisceau même des rayons lumineux, et, comme engagés dans une lutte éternelle, se livrer combats, batailles, guerroyer par escadrons, sans prendre trêve, agités par des rencontres et des divorces sans nombre : tu pourras conjecturer par là ce qu’est l’agitation éternelle des corps premiers dans le vide immense, pour autant qu’un petit fait peut nous fournir un modèle des plus grands, et nous mettre sur la trace de leur connaissance. »

Lucrèce, De la Nature, ch II, v. 114-124

La vie commence par une naissance, cette pièce commence sous l’empire de la destruction : le règne des cendres. La terre tremble, une épaisse fumée blanche s’élève du sol, explore l’espace et s’immisce en toute chose. Dans cet espace abandonné, ne reste plus que les ombres, les ectoplasmes des corps disparus. La poussière et la cendre, matières informes et traces du passé, tombent au sol et étouffent peu à peu la terre. « La poussière réfute le néant, elle est là tenace et aérienne, impossible à supprimer complètement, envahissante jusqu’à l’angoisse » comme le souligne Didi-Huberman. Le temps s’étire. La poussière se dépose, lentement, elle fait oeuvre d’éternité. Et pourtant, la fulgurance du processus qui en est l’origine nous rappelle à l’immédiateté et au présent. Quel est ce chaos ? Cette explosion digne d’une éruption volcanique ou atomique ? Et là où la fumée étouffe, là où la poussière se dépose, où il n’existe plus rien, le mystère d’une présence extrêmement vivante persiste. Une créature fragmentée renaît des décombres, telle une résurgence du passé. Face à cet acte de survivance, la vie reprend ses droits. Un abri né des ruines, point de départ pour tout reconstruire.

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